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Façons : formes rétrécies de l'avant et/ou de l'arrière d'un bateau. Un bateau sans façon serait parfaitement rectangulaire en plan. Sur la péniche, il n'y a pas de façons. Le fond est réuni à la bordaille par des arêtes vives. Sur les coques en fer, par les bouchains. Par exemple, sur le luxmotor, les formes effilées à l'avant et à l'arrière sont les façons. Les façons sont donc la partie arrondie et formée pour assurer, à l'avant, une bonne pénétration dans l'eau et, à l'arrière, une bonne arrivée d'eau à l'hélice. Le "canadien" a des façons ou formes réunies par les bouchains qui en font un bateau bien façonné.
(merci Jean-Claude pour les précisions !)

façons.

Les belles façons d'un automoteur de type "marocain". (Photo Bruno Bellemère)

Faraman : sur le Rhône, cheval de droite dans la couble. On distingue le faraman de monture (devant) et le faraman de seguin (derrière).

Fargues : tôles en saillie anti-chute à l'avant du bateau, prolongeant l'étrave en hauteur. C'est généralement sur les fargues que le marinier inscrit en gros la devise de son bateau. En maritime, c'est le pavois.

fargues

Fargues d'un bateau chargé de secrets, amarré derrière un mur de verdure, sur la face cachée de la vallée du Doubs... (photo prise aux portes de l'aube, quand le flûtiste joue de son pipeau, par "Rickfloyd", qui, sans vouloir se mêler de ce qui ne le regardait pas, aurait souhaité que les proprios soient là...).
Jouons un peu : quels sont les titres de Pink Floyd plus ou moins évoqués dans cette légende à rallonge ?

Faucardage, faucarder, faucardeur : le faucardage est l'équivalent du fauchage, mais sous l'eau. On utilise pour cela un bateau spécialement équipé, le faucardeur.

Fauconnier : sur une péniche ou un bâtard de forme flamande, le fauconnier est la plus grosse moustache. C'est celle avec laquelle, en entrant dans une écluse ou en passant sous un pont, si l'on ne peut éviter le heurt, il "faut cogner". L'origine du mot est donc une déformation écrite de ces mots.

Femelle : sur le lac Léman, timon de gouvernail d'un canot.

Fémelot : partie femelle dans laquelle est introduit l'aiguillot (partie mâle) de la penture (ferrure du gouvernail), l'ensemble formant un gond permettant d'articuler le safran à la poupe ou au tableau arrière.

Fermette : structure métallique mobile, constitutive des premiers barrages mobiles, notamment à aiguilles. La fermette peut pivoter latéralement sur sa base pour se coucher sur le radier. Redressée et reliée à ses semblables, elle forme une sorte de passerelle contre laquelle viennent s'appuyer les systèmes de bouchure du barrage : aiguilles (système Charles Poirée), rideaux (système Caméré) ou vannes coulissantes (système Boulée). Ces systèmes, qui ont rendu de grands services au XIXe siècle, sont aujourd'hui dépassés et progressivement remplacés par des clapets basculants automatiques. Le mot est utilisé principalement au pluriel.


fermettes
Fermettes de barrage mobile sur la haute Seine (photo E.Berthault)


Filadière : bateau de pêche de la Gironde. Synonyme : lanche.

Filet-barrage: dispositif de pêche en Loire, qui consiste en un filet placé en travers d'une partie du lit de la rivière. Derrière le filet, le pêcheur est à poste dans une toue cabanée, et se déplace le long de celui-ci dans une goume.

Fintrelle : corde de halage. Synonymes: verdon, maillette, grélin (dans le Cotentin), ancierre.

Flèche : disposition de convoi couramment adoptée sur la Seine, l'Oise, le canal du Nord... Généralement, ce sont deux "freycinets" qui se disposent ainsi, brêlés l'un derrière l'autre, celui de l'arrière poussant le premier, et l'ensemble se comportant comme un seul long bateau de 80 m sur 5. Cela permet aux deux bateaux de porter une charge double de celle d'un freycinet seul (soit au total 700 tonnes), tout en consommant à peine plus qu'un seul, car la disposition en flèche est d'un grand rendement hydrodynamique.

Flette : barque étroite et allongée, généralement d'architecture marnoise (voir "marnois") employée comme bateau de service et de charge sur la Seine et ses affluents, jusqu'au début du XIXe siècle.

Fleuve : de nos jours, les géographes décident qu'un fleuve est un cours d'eau qui se jette dans la mer, en recevant sur son cours des affluents, les rivières. Cette classification est très franco-française, et il n'en fut pas toujours ainsi : jusqu'au XVIIIe siècle, la Loire, la Seine, la Garonne, sont des rivières au même titre que l'Yonne ou l'Allier, et on peut même trouver des textes où un fleuve se jette dans une rivière, comme par exemple dans l'intitulé de la puissante corporation des mariniers de Loire : la "Communauté des Marchands Fréquentant la Rivière de Loyre et autres Fleuves Descendant en Ycelle". Déterminer, de deux cours d'eau, lequel est le principal et lequel est l'affluent, n'est pas toujours simple, et, plus que de considérations purement physiques telles que débit et longueur, cette détermination semble souvent provenir de considérations commerciales. Ainsi, la Loire n'a gagné son titre de fleuve au détriment de l'Allier, pourtant presque aussi important, qu'au fait d'être plus proche du Rhône, et de constituer avec lui et la Seine, un axe commercial très important dès l'Antiquité. C'est encore plus net dans le cas de la Seine et de l'Yonne, cette dernière étant, à leur confluent à Montereau, nettement plus importante que le cours d'eau dont elle n'est officiellement que l'affluent, alors que leurs débits respectifs se répartissent comme suit : à peine 80 m³/s pour la Seine et 92,7 m³ par seconde pour l'Yonne. Dans des cas aussi litigieux, n'aurait-il pas été judicieux de mélanger les deux noms pour en faire un troisième ? Ainsi La Loire et l'Allier formeraient "l'Alloire", et la Seine et l'Yonne formeraient la "Syonne", ou "Seiyonne" [1]. Non ? Bon, ce que j'en disais...
D'ailleurs, à Montereau, ce n'est même pas la Seine qui rejoint l'Yonne, mais l'Aube. Si si...

confluent Monterau

Le confluent de la Seine et de l'Yonne à Montereau. En bas, venant du sud, l'Yonne. A droite, venant de l'est, la Seine. Et ce qui s'en va à l'ouest, à gauche, vers Paris, qu'est-ce donc ? (Origine du document : Géoportail)

[1] A l'appui de cette idée, nous invoquons l'origine des deux noms, qui est commune : Ica-Onna est devenue l'Yonne, tandis que la Seine vient de Sequana, latinisation, selon certains linguistes, de Is-Ica-Onna, que l'on peut traduire approximativement par "petite Ica-Onna" ou "fille de Ica-Onna".


Flottabilité (réserve de-) : en canoë ou en kayak, grande vessie en plastique gonflable, placée dans les pointes avant et arrière afin de garantir un minimum de flottabilité au bateau en cas de dessalage. Synonyme : gonfle.

Flottable : une rivière est dite flottable lorsqu'elle est suffisamment aménagée pour que puissent y descendre des bois flottés (voir "flottage"). Généralement, pour cela, les chaussées de ses moulins sont équipées de pertuis. La partie flottable d'une rivière commence assez largement en amont de sa partie navigable, si elle en a une. Tout cela est obsolète depuis la disparition de la pratique du flottage en France (sauf dans le Marais Poitevin).

Flottage : technique d'acheminement du bois par voie fluviale, qui consiste à assembler ce bois en grands radeaux, les "trains de bois", pouvant se diriger comme un bateau. Le fret est ainsi son propre moyen de transport, ce qui serait plus difficile pour du plomb... Très pratiqué autrefois sur de nombreuses rivières (Durance, Loue, Arroux, Aube, Loire, Garonne, etc.) il fut particulièrement actif sur l'Yonne et la Cure pour alimenter Paris. Clamecy était alors la capitale de cette industrie qui faisait vivre toute une population.
Le bois calibré en "moulées" de 1,14 m de long, et marqué du "logo" de chaque marchand, arrivait là par la technique du "flottage à bûches perdues", c'est à dire que ces moulées étaient jetées à la rivière dans les hauteurs du Morvan et du Nivernais, et était guidé tout au long de son parcours par des ouvriers postés sur les rives pour veiller à ce qu'aucune bûche ne se perde dans les contre-courants et autres obstacles du parcours. A Clamecy et dans d'autres ports proches (Châtel-Censoir, Vermenton, Armes...), ce bois était tiré à terre (le "tirage"), trié (le "tricage") et mis à sécher en grands "théatres" avant d'être assemblé en trains.
Les mariniers, nommés "flotteurs", qui conduisaient ces derniers jusqu'à Paris étaient d'excellents navigateurs. Les trains partaient groupés, à dates fixes, et franchissaient les pertuis par éclusées synchronisées.
Une seule région en France pratique encore, à l'échelle industrielle, le flottage, c'est le Marais Poitevin.

Flottaison (ligne de) : ligne correspondant à l'intersection de la surface de l'eau calme et du flanc du bateau. Sa hauteur varie bien sûr en fonction de la charge du bateau, mais la ligne de flottaison de référence est celle prise quand le bateau est vide. Elle délimite les oeuvres vives et les oeuvres mortes.

Flotteur : caisson ou compartiment étanche et rempli d'air ou de substance bien plus légère que l'eau (par exemple de la mousse de polyuréthane ou du polystyrène expansé), fixé latéralement à un bateau ou même intégré dans sa structure, afin d'améliorer sa flottabilité et sa stabilité.
Autre sens : navigateur spécialisé dans la conduite de trains de bois flottés (voir "flottage").

Flurbanisation : néologisme. Concept créé et développé par l'historien Bernard Le Sueur pour désigner le mouvement de regain d'intérêt et consécutivement de retour physique des populations citadines vers la voie d'eau amorcé en France vers la fin des années 1970.
"Ce retour s'effectue avec des demandes qui sont celles de "non-fluviaux" et celles-ci influencent directement l'aménagement (en particulier touristique) du territoire", précise Bernard Le Sueur, dont les travaux de recherches sur le monde fluvial et son histoire font autorité.

Flûte : nom donné à plusieurs types de bateaux de canal présentant en commun un certain élancement dans les lignes. On distingue ainsi la flûte de Bourgogne, longue de 30 à 35 m et large de 4,50 m à 5 m, la flûte d'Ourcq longue de 28 m sur 3 (la demi flûte, deux fois moins longue, existe aussi), et la flûte de Berry, de 27,50 m sur 2,60 m. Ces bateaux ont pour la plupart disparu, mais quelques exemplaires de flûtes d'Ourcq et du Berry existent encore, en métal.

Fluvial : qualificatif qui s'applique à tout ce qui concerne l'eau douce qui coule, même lentement. Les rivières, les canaux, les fleuves constituent le monde fluvial. Certains marais en font partie dans une certaine mesure, comme le Marais Poitevin. En revanche, les lacs n'appartiennent pas au monde fluvial, mais lacustre.

Fluvio-maritime : bateau automoteur de forts tonnage et gabarit, capable de naviguer en mer aussi bien qu'en rivière. Un fluvio-maritime porte généralement dans les 4000 tonnes, et on en rencontre des exemplaires sur l'axe Saône-Rhône, sur la Seine, l'Oise, le Rhin... On dit aussi "cargo".

Flying-bridge : sur les coches de plaisance, poste de pilotage supplémentaire extérieur, placé généralement sur le toit. Traduction littérale : "pont volant", qui n'a pas du tout la même signification en français !

Foirine : voir "foraine" ci-après.

Foncet : ancien bateau de charge de la basse Seine, en usage jusqu'au début du XIXe siècle. Lacurne de Sainte-Pallaye décrit certains de ces bateaux comme "excédant en longueur les plus grands vaisseaux de l'océan, ayant jusqu'à 27 toises (soit environ 50 m, NDA) entre chef et quille". On trouve aussi ce mot sous les formes "fonsset", "fousset" ou "fosset".

Fonçure : synonyme de "sole".

Foraine ou foirine : sur un moulin-bateau, bateau latéral servant de flotteur-stabilisateur et de soutien de la roue. Sur le Rhône, on appelle celà le chênard.

Fort : sur un port, manoeuvre affecté au déchargement des pommes.

Fraidieu : sur le lac Léman, vent thermique frais qui soufle du nord, depuis la région de l'Arve, entre Yvoire et Genève.

Franc-bord : une bordaille est dite "assemblée à franc-bord" (ou "francs-bords") lorsque chaque planche est jointe chant sur chant à sa voisine en hauteur. C'est l'inverse de l'assemblage à clins.

Frégaté : un bateau est dit "à flancs frégatés", ou tout simplement "frégaté", lorsque ses flancs, au lieu d'être verticaux ou évasés, sont au contraire incurvés en se rapprochant vers le haut. Cette disposition est particulièrement fréquente chez certaines pirogues monoxyles dans le but de rentabiliser au maximum le volume offert par l'arbre. C'est aussi le cas de plusieurs bateaux de l'Adour, comme le dragueur, le chalibardon et la tilhole.

Pirogue frégatée

Taille dans un arbre d'une pirogue monoxyle frégatée


Fret : cargaison à transporter.

Freteaux : pièces de bois coudées pour la confection des bateaux (terme lyonnais).

Freycinet (Charles Saulce de -) (1828-1923) : ministre des Travaux Publics sous la Troisième République qui, à l'imitation de son prédécesseur Louis Becquey, est à l'origine de la loi du 5 août 1879 visant à étendre et unifier le réseau fluvial français, sur un gabarit minimum plus grand (38,50 m sur 5,20 m, mouillage 2,20 m pour un tirant d'eau de 1,80 m, hauteur libre 3,50 m) de manière à ce que la France puisse recevoir sur ses canaux et rivières les grands bateaux flamands, et notamment la "péniche flamande" ou "spits". Remarquons au passage que la veille-même, le 4 août 1879, une loi toute semblable était votée en Belgique. Le gabarit Freycinet, majoritaire en France, est aujourd'hui considéré comme dépassé. Par assimilation, le nom de Freycinet est devenu un nom commun et désigne un bateau aux dimensions de 38,50 m par 5,05 m, "calant" 1,80 m, et portant 250 tonnes et canal et 350 en rivière profonde. C'est le bateau de canal le plus courant.
Commencée dès le lendemain de la promulgation de la loi du 5 août 1879, la mise en application du programme de Freycinet s'est concentrée particulièrement sur les vingt dernières années du XIXe siècle, mais s'est cependant étendue sur tout le suivant : le canal du Midi a vu certaines de ses écluses allongées dans les années 1970-80, et l'unique écluse du canal de Pont-de-Vaux (bassin de la Saône) a été mise à ce gabarit en 1994, lors de la réhabilitation de ce canal.
Ce programme ne s'est cependant pas appliqué sur toutes les voies d'eau françaises : toute la Bretagne, l'Anjou, le Berry, l'Occitanie, une partie du canal du Nivernais et une autre du canal d'Orléans, entre autres, en ont été écartés.

Charles Saulce de Freycinet (1828-1923)


Funiculaire : se dit d'un procédé mécanique de traction ou d'élévation qui fait usage de cables ou de fortes cordes. Ainsi le "zinzin" qui tractait les bateaux à l'entrée des écluses du nord était un système funiculaire. De même, certains ascenseurs à bateaux, comme le plus haut, celui de Strépy-Thieu en Hainaut, sont funiculaires et contrebalancent le poids du bac empli d'eau par des contrepoids. Quant aux plans inclinés, ils le sont presque par nécessité.


ascenseur funiculaire
L'ascenseur funiculaire de Strépy-Thieu.

Fûtreau (ou futereau, fustereau) : bateau de Loire de taille modeste (autour de 6 à 8 mètres) et d'usage local, notamment pêche. Le futreau possède une architecture semblable à celle du chaland de Loire, mais en plus petit. Il est gréé d'une voile carrée et équipé d'une petite piautre comme le chaland. On peut dire que le fûtreau est au chaland ce que le dauphin est à la baleine. Le fûtreau partage vraisemblablement avec le weidling du haut-Rhin et la zilla du haut-Danube une origine celte commune, du temps des civilisations de la Tène et d'Halstatt, soit grosso modo le premier millénaire avant notre ère.
 

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